Avant mes 34 ans, j'ambitionnais de me tricoter un "Golgotha". Ne cherchez pas ce modèle sur Ravelry (encore que sur les 359000 patrons recensés il y en a forcément un dans le tas qui porte ce nom*) c'est juste le nom générique que j'ai donné à un hypothétique projet de pull en aiguilles 3,5 avec du jersey au kilomètre qu'on termine sur les genoux en priant pour qu'on vous ampute des deux poignets, pour s'apercevoir après la mise en forme qu'on l'a fait trop grand. Soit un peu ma "sortie de zone de confort" (lapidez-moi aussi tiens pendant qu'on y est), car jusque là je suis naturellement attirée vers les gros tricots avec des jeux de reliefs ou de couleur.
Comment ai-je eu vent du patron choisi ? Si on remonte le fil, c'est en passant sur le compte Instagram de la Noueuse, dont c'est le seul moyen d'avoir des nouvelles, qui y montrait sa mouture d'un très joli modèle de Marie Amélie Designs, dont les patrons m'inspirent confiance quoiqu'un je ne sais quoi dans les modèles tenant probablement aux goûts et aux couleurs m'ait toujours détourné d'un potentiel achat. La créatrice montrait toutefois un modèle, Hazel Bank, qui venait de sortir pour le compte de la marque The Fibre Company à l'occasion de la sortie d'une nouvelle qualité de laine, Lore (100% laine d'agneau anglaise Romney, 250m pour 100g), et ce patron m'est apparu comme un bon compromis entre mon désir de mailles un peu plus fines et mon goût pour les contrastes. Or, le patron plus la laine recommandée revenaient à 100euros, une somme que je ne suis pas encore (?) habituée à mettre dans un tricot.
Et surtout la couleur qui me plaisait le plus ne serait pas disponible avant le 15octobre. Soit de bonnes raisons de se mettre en quête d'une qualité équivalente. Gilliatt De Rerum Natura sut cocher les bonnes cases : palpable en boutique à Paris, mérinos cardé, produit en France/Italie, en pelotes de 100g/250m, à prix correct, beaux coloris naturels dont j'avais envie avant cela. Pour la modique somme de 60€, j'ai pu commencer à monter le pull après avoir confectionné un échantillon en aiguilles 4 de 20*31 après lavage, parfait.
C'est le 5eme pull à mon actif, et le 1er avec la méthode de construction employée. Il est des termes chatoyants qui exercent l'attraction du chœur jargonnant des initiés, "corrugated ribbing" pour le pull précédent, ici "contiguous set-in sleeves", méthode qui consiste bâtir le dos et les épaules pour construire l'encolure par des augmentations de chaque côté de la bande d'épaule, cette bande d'épaule servant ensuite de tête de manche, le reste de la manche se construisant à partir d'augmentation partant des entournures, ce qui donne un genre de manche marteau. Récapitulons les petites modifications entreprises sur la taille 2 :

- léger arrondissement du contour de l'encolure devant que je trouvais un peu taillé à la serpe et réduction de sa largeur de 5 à 3,5cm. Je l'ai défaite ensuite pour la recommencer avec des aiguilles de 3,5 car elle baillait trop.
- ajout de 2-3 points d'aisance sur le dessous de manche et le bas de l'entournure, car la photo de présentation où la fille lève le bras me donnait un sentiment de malaise.
- longueur des manches : -4cm dans un premier temps, mais ajout de 5cm après la remise en forme du haut car trop de courants d'air sur les poignets.
- inflexion du motif sablier placée 3cm plus haut, il est ainsi plus large, ce que je préfère.
- diminution sur le motif des côtés seulement 2 fois sur trois afin d'agrandir de 8cm le diamètre du bas du pull pour l'adapter à mes hanches plus développées que celles des modèles. (dans la taille 2, le pull est sensé être mis en forme à 93,5cm pour la poitrine, et la circonférence n'évolue pas jusqu'en bas).
- longueur du corps : -6cm

J'avais entamé la deuxième pelote depuis un moment déjà quand le détail qui tue m'a sauté aux yeux.
Il faut dire qu'ayant vu que mes 5 pelotes avaient été extraites d'un même emballage plastique de 6 pelotes tiré de l'arrière-boutique, j'avais donné ses huit jours à mon petit saint Thomas intérieur...
Bref, on m'avait refourgué deux pelotes d'avant la reformulation de Gilliatt (coloris naturel) et trois d'après (coloris poivre), c'est ballot. Comme il y a plus grave dans la vie et que je n'avais pas spécialement envie de tout défaire et de retourner quémander l'échange de la marchandise entamée à la boutique, j'ai continué ainsi. J'ai utilisé la deuxième pelote plus foncée pour terminer le bas du pull en prenant garde cette fois à alterner plusieurs fois les rangs de l'ancienne et de la nouvelle pelote afin de rendre la transition plus discrète, ce qui a marché je trouve, bien que le fil semble tout de même plus clair en bout de pelote. J'aurais été bien inspirée de le faire la première fois mais je n'ai pas encore intégré les automatismes liés à l'utilisation de pelotes teintes de façon plus artisanale.
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Quelques photos de la progression de la mise en forme :
Avant : ça boudine, surtout les manches.
Après mise en forme sur mannequin : pend trop sous les bras, pénible.
Ce petit dégradé de roux en bout de couette est super raccord n'empêche.
Après remise en forme du haut du pull : mieux sous les bras mais cela s'est re-détendu au fil du temps.

Les bouts de manche après ajout des 5cm : on voit bien le contraste entre la zone qui a déjà été mise en forme et celle qui ne l'a pas été.
L'envers du motif des côtés était sympa aussi : si je devais refaire ce pull, je tenterais cette interversion.
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On retiendra de cet épisode que :
- j'ai un nouveau pull bien chaud que j'aime beaucoup malgré son stigmate.
- je me suis réconciliée avec le magic loop.
- rien à redire sur le patron, c'est tout bien expliqué. Notons qu'il n'est disponible qu'en anglais.
- la malléabilité limitée de la forme des emmanchures et de l'encolure en tricot est assez frustrante quand on a l'habitude de leur abord par la couture (l'envers de la médaille étant qu'en couture, quand c'est niqué, c'est niqué).
- il faut toujours vérifier l'identité des bains des pelotes avant de faire deviner la couleur de la carte bleue d'Henri IV au marchand.
- un possible épilogue par le bricolage d'une bande élastique ajoutée sous la tête de manche (on voit bien l'étirement de cette zone sur les photos de profil) pour réduire la circonférence de l'emmanchure.
* j'ai cherché : non, donc soyez gentils me le piquez pas, je réserve l'emplacement pour plus tard ; j'ai toutefois commencé à me faire la main sur ceci, ce coup-ci avec de la Canopy Fingering trouvée sur le site de la Pelote Vagabonde qui brade son stock à -30/-40% afin de pouvoir se concentrer sur son activité de teinture de laine.





